La CoP26 est terminée. Il est temps d'agir.

24/11/2021

 

Mme Khaoula JAOUI
Coordinatrice du Département Climat

 

Tout d’abord, pour bien comprendre la CoP, ”Conference of the Parties”, mettons les choses dans leur contexte. En 1992, le Sommet de la Terre de Rio a abouti à la création de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) qui a fixé les objectifs à atteindre pour limiter le réchauffement climatique. Pour parvenir à ces objectifs, des réunions ont rassemblé ses signataires pour définir des actions et engagements à court et à long terme : ce sont les CoP, qui se tiennent chaque année dans l'un des pays des cinq groupes régionaux de l’Organisation des Nations Unies : L'Asie-Pacifique, l'Europe de l'Est, l'Amérique latine-Caraïbes, l'Europe de l'Ouest élargie (GEOA) et l'Afrique. 

Certaines CoP ont été plus prégnantes que d'autres. C'était le cas de la CoP3 à Kyoto (1997), de la CoP15 à Copenhague (2009) et de la CoP21 à Paris (2015). Lors de cette dernière a été signé l'Accord de Paris, un traité universel qui prend le relais du protocole de Kyoto et qui pose les nouvelles bases des négociations climatiques. 

La CoP26 a-t-elle été tout aussi remarquable ? 
Repoussée d'un an à cause de la pandémie de la COVID-19, la CoP26 intervient avec l’objectif de finaliser les règles de l’Accord de Paris (CoP21) et de passer des promesses aux actes. Tenue du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow (Royaume-Uni), cette CoP a regroupé environ 200 pays signataires de l’Accord de Paris. Les travaux de la Conférence se sont focalisés sur l’adaptation et la résilience face au réchauffement climatique et sur la transition énergétique.

Au terme de cette 26e Conférence, un jugement nuancé peut être attribué. Faute d’accord et suite à des négociations et à des compromis, le pacte de Glasgow pour le climat, adopté samedi 13 novembre dans la soirée, soit 27 heures après la clôture prévue, a marqué des points positifs en matière d’engagements climatiques. Cependant, il y a une certaine réticence concernant les énergies fossiles et les financements accordés aux pays du Sud. 

Les représentants de différentes organisations de la société civile, dont la jeune activiste ougandaise, Patience Nabukalu, ont dénoncé l’attentisme des dirigeants qui ne daignent pas transformer les mots en actions et ont rappelé que les pays en développement sont toujours en attente des 100 milliards de dollars promis par les États riches. En effet, les africains se sont indignés par rapport aux ravages du réchauffement climatique sur le continent. En tant qu’exemple, on peut citer la déclaration du représentant du Kenya, qui a très bien résumé la situation de son pays en affirmant que « le réchauffement n’est pas une statistique, c’est une question de vie ou de mort ». 

Actuellement, les engagements à court terme pris par les États devraient mener à un réchauffement de 2,4° C d’ici à la fin du siècle, selon les estimations du Climate Action Tracker. Certes, des progrès ont été accomplis depuis l’Accord de Paris, mais ils restent loin de l’objectif fixé par la CoP21, qui est de maintenir le réchauffement global bien en dessous de 2° C, et si possible à 1,5° C avant la fin du 21e siècle. La communauté scientifique, quant à elle, a déclaré que le maintien de la hausse des températures à 1,5° C demeure physiquement possible d'ici à la fin du siècle. Pour sa part, le porte-parole de Greenpeace France, Clément Sénéchal, a appréhendé la situation en déclarant que le résultat de cette CoP était très insuffisant. Toutefois, il a salué le fait que les énergies fossiles étaient, pour la première fois, reconnues comme faisant partie du problème. D’ailleurs, une alliance de pays a promis de renoncer à financer des projets fossiles à l’international dès 2022. D’autre part, plus de 80 pays, dont les membres de l’Union Européenne ainsi que les États-Unis, se sont engagés à réduire leurs émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, de 30 % d’ici 2030 par rapport à 2020. 

Le texte adopté a donc appelé les États à revoir à la hausse leurs promesses et à relever leurs ambitions dès 2022 en soumettant de nouvelles Contributions Nationales Déterminées (CND), avant la prochaine CoP. Ces « feuilles de route » de l’action climatique des pays comportent les engagements concrets des États en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et les moyens d’y parvenir. Cette mesure vise à agir plus vite que prévu dans l’Accord de Paris qui appelait à revoir ces CND tous les cinq ans. A cet effet, la Banque Africaine de Développement et les institutions partenaires du centre africain de soutien aux CND ont publié un rapport phare sur l’état de ces contributions en Afrique et l’impératif d’innovation en matière de financement climatique. Des aides seront apportées aux pays africains pour faciliter les révisions des CND.