La restauration des écosystèmes : Utopie ou réalité ?

04/06/2021

Nabil Hamada
Coordinateur du département Développement stratégique

 

Même en l’absence d’estimations précises et actualisées, la communauté internationale s’accorde sur le fait que la dégradation des écosystèmes terrestres et aquatiques, voire même leur disparition suivent, aujourd’hui, un rythme de plus en plus effréné. La restauration devient donc une absolue priorité et l’avenir de l’humanité en dépend. Mais sommes-nous réellement capables de restaurer ce que l’Homme a détruit ? 

La démarche de restauration écologique ou plus précisément de restauration des écosystèmes s'est développée au cours des dernières décennies. Elle est définie comme étant « un processus d’aide au rétablissement d’un écosystème dégradé, endommagé ou détruit »1 et considérée comme une stratégie innovante et prometteuse visant la conservation de la diversité biologique et de l'intégrité des écosystèmes.

La restauration des écosystèmes a constitué un élément crucial de l’Objectif 15 du Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020 et est également au cœur de l’Objectif du Développement Durable (ODD) 15 de l’agenda de développement 2030 des Nations unies. Elle est, par ailleurs, bien ancrée dans la vision 2050 de la Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique. 

Nous devons admettre notre incapacité à restituer à tous les écosystèmes leurs états initiaux, d’autant plus que leur restauration n’est possible que « si, et seulement si » les conditions biophysiques et climatiques demeurent favorables. 

Pour la survie de l'Homme, la restauration écologique est essentielle et devient un outil indispensable, à la conservation et à la réparation des écosystèmes. Cependant, notre capacité à restaurer est limitée mais cette limitation ne doit, en aucun cas, paralyser nos efforts de restauration.

Un investissement de taille en matière de restauration est indispensable pour pouvoir s'attaquer avec succès aux crises interdépendantes du réchauffement du climat, de la perte de la biodiversité et de la dégradation des sols.

D’ici 2030, la restauration de 350 millions d’hectares d’écosystèmes terrestres et aquatiques dégradés pourrait générer des services écosystémiques estimés à 9 000 milliards de dollars. Les activités de restauration pourraient également alléger l’atmosphère de 13 à 26 gigatonnes de gaz à effet de serre. Les bénéfices économiques de ces interventions sont dix fois supérieurs aux coûts d’investissement nécessaires2.

Intéressant de plus en plus les scientifiques et les gestionnaires, la Comptabilité Ecosystémique du Capital Naturel est un outil qui peut apporter des éléments de réponse pour éclairer davantage sur la pertinence et les avantages pouvant être générés par les programmes de restauration des écosystèmes.

Les activités de restauration doivent être menées de manière inclusive. Il est en effet nécessaire d’intégrer les populations locales dans l’exploration, la planification et l’exécution des activités de restauration et de leur permettre d’en bénéficier d’une façon directe et indirecte. 

Par leur savoir-faire et par leur fine connaissance de leur environnement direct, ce sont ces populations locales qu’il conviendrait de mettre au cœur des solutions dont elles seraient à la fois actrices et bénéficiaires.

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[1] Society for Ecological Restoration International Science and Policy Working Group, 2004

[1] (UNEP/FAO, 2021).